Fédération des Syndicats
de Quartiers de Pessac

Le Peugue

Si le Peugue m’était conté…

PRÉAMBULE

Ce travail a été réalisé par Claudine JOUSSE, présidente du syndicat de quartier de Magonty de 1983 à1987, pour accompagner l’exposition iconographique présentée à la maison de quartier de Pessac-Magonty les 29 et 30 janvier 2000.
Il s’appuie sur une importante bibliographie que le lecteur pourra consulter au bas de cette page

Présentation de la visite

Il y a quelques milliers d’années, à l’époque quaternaire naissait notre ruisseau magontin, le Peugue. Aujourd’hui, chacun le côtoie en vélo, à pied, en courant ou en se promenant. Imaginons qu’il y a deux mille ans, nos ancêtres les Gaulois puis les romains lui donnèrent une importance que nous ne soupçonnons pas aujourd’hui.
Selon les dernières recherches, il contribua, comme affluent, à la création du premier port de Burdigala sur l’embouchure de la Devèze. Son cours fut détourné lors de la construction du premier rempart.

Il devint après l’envasement du port initial, le principal port d’embouchure de Bordeaux. Il permettait, au moyen âge, une circulation fluviale en remontant son cours le long des murailles. Un marché important s’établit avant 1155 sur sa rive droite.

Avec lui, nous allons remonter le temps depuis le début de notre ère jusqu’à… demain.

Il pourrait tout d’abord nous parler de ses sources, mais, par commodité nous commencerons par son embouchure.
Au cours de ce voyage nous nous poserons un moment à Burdigala, puis nous remonterons le cours de la dite rivière du Peugue de l’époque pour arriver à Pessac, à travers les vignes, où nous flânerons dans le temps et dans l’espace pour doucement arriver jusqu’au Bois des Sources du Peugue à Magonty.

Important port romain lorsqu’il était affluent de la Devèze, il devint port principal à la suite de la fermeture de la ville dans ses premiers remparts et de l’envasement du port initial.

Desservant le vieux marché installé sur ses rives, il permettait aux gabares de remonter son cours et d’alimenter la population de Bordeaux, ville importante dont nous dirons quelques mots.

En nous éloignant de Bordeaux, le Peugue pourrait nous parler de ses moulins, tel celui de Noès et sa ferme expérimentale, de ses lavandières, puis des vignes qui venaient mourir sur ses berges telles celle de Haut-Brionou du Pape Clément.

Parler du Peugue sans parler de Pessac paraît difficile ; avec un petit clin d’œil sur son histoire nous évoquerons Veyrines, Bardanac, les Voies Romainesou la Levade à la fois chemins d’échanges commerciaux et culturels avec ses pèlerins en route pour Saint Jacques de Compostelle.

Enfin nous arriverons à la source plus proche de nous avec son village de Magonty et nous passerons le siècle en évoquant son avenir, le Bois des sources du Peugue.

Nous pouvons mesurer le chemin parcouru à travers ce survol très rapide de ces 2000 ans d’histoire, saurons-nous nous poser et réfléchir à ce que nous laisserons demain à ceux qui continueront après nous, à écrire le grand livre de l’histoire des hommes !

Carte de Belleyme
Carte de Belleyme

BORDEAUX

Il y a près de deux mille ans, les Bituriges Vivisques (originaires du Berry) possédaient, dans un marais formé par la Garonne, un port appelé Bourdigalla.
Situé sur la terrasse alluviale de grave du Mont Judaïque et du Puy Paulin, il s’élevait de dix à douze mètres au-dessus du fleuve.

Il est probable que ce port avait une origine celto-phénicienne. Dans l’une et l’autre langue de ces peuples morts, Burdigala veut dire le port du bourg.

Le site de Burdigala bénéficiait à cette époque, sur la rive gauche de la Garonne dans sa partie concave, d’une mouille de 7 mètres de profondeur, formée par l’embouchure de la Devèze et du Peugue où la marée basse n’imposait pas l’échouage ; ainsi, de gros bateaux pouvaient-ils s’avancer au plus près sans risque. On y pratiquait le commerce de l’étain et du bronze.

C’est sur la terrasse de grave du Puy Paulin que prennent place toutes les découvertes protohistoriques.

L’emporion pré-romain de Burdigala pourrait avoir eu une superficie maximum de 5 à 6 hectares.

La stratigraphie semble quasiment ininterrompue de la fin du 6ème siècle avant J. C. à la conquête romaine. Cette dernière ne semble pas avoir affecté de manière brutale le mode de vie des bordelais.

A la fin du Ile siècle la cité gallo-romaine couvre une superficie de 150 à 170 hectares.

De nombreux monuments virent le jour à partir de cette époque (les Piliers de Tutelle, le Palais Galien, divers temples et aqueducs). De nombreuses nécropoles s’élevèrent le long des axes principaux. L’une d’elle a gardé son nom aujourd’hui de Terre-Nègre (lieu où l’on répandait les cendres sur le sol lui donnant une couleur noire caractéristique).

Suite aux invasions germaniques de l’an 270 après J. C., Burdigala se resserre dans le castrum et utilise les ruines des monuments de l’ancienne ville pour ériger ses fortifications.

La superficie du castrum représente alors 31 hectares. Ses murs s’élèvent à 10 mètres de hauteur, sur 5 mètres d’épaisseur, pour une longueur de 2 300 mètres.

Selon l’historien Léo Drouyn, on y entrait par quatorze portes. Les dernières découvertes ramènent ce chiffre à quatre portes, dont la porte Naviguère qui protégeait le port, le reste étant des tours simples, sans ouverture sur l’extérieur.

La construction du castrum traduit une nouvelle conception de la ville et de l’espace urbain, en apparence radicalement opposée à celle qui avait prévalu sous le haut empire.

Le choix du site de la ville nouvelle a été fait en fonction du port, c’est à dire de l’estuaire de la Devèze, que l’on a décidé ici de protéger et d’intégrer, pour cette raison, à l’intérieur du castrum.

Le port constituait l’ossature économique de la cité bordelaise.

C’est vraisemblablement en raison du détournement de son affluent le Peugue, pour alimenter les fossés du castrum, que ce port s’envasa progressivement dès le 5ème siècle et fut complètement abandonné dès la fin du 6ème siècle, le port étant alors déplacé hors du rempart, sur la berge même de la Garonne.

À cette époque, les marais (paludes) entouraient la cité à l’ouest et au nord, le ruisseau du Peugue lui servant de fossé au sud. Ce premier rempart va protéger, tant bien que mal, et contenir la ville durant sept siècles. Malheureusement, il n’arrêtera pas plusieurs invasions, musulmane, franque et normande.

Un important marché dit le Vieux Marché (Lou mercat) s’installa sur la rive droite du Peugue (actuellement Place Fernand Lafargue). On note sa présence dès 1155. Il fut pendant plusieurs siècles le centre de l’activité de la ville.

Les petits bateaux pouvaient ainsi remonter le cours du Peugue et permettaient un approvisionnement constant des produits venant du haut pays par la Garonne, transportés sur les gabares (embarcation à voile et à rames servant à décharger les navires ou à naviguer sur les rivières).

En raison de l’accroissement de la population, une seconde enceinte commença en 1220, portant la surface remparée à 41 hectares. Elle représentait alors une excroissance méridionale de la première englobant le faubourg Saint Eloi.

 

Construite approximativement dans les années 1300-1330, la troisième enceinte quadrupla la superficie enclose.

Elle permit d’inclure dans la ville de nombreux faubourgs tels que Sainte Croix, Saint Michel, Sainte Eulalie, Saint Pierre.

Sa population atteignait, avant la peste de 1348, 30 000 habitants.

Quelques monuments datant de ces diverses époques

LE PALAIS GALIEN

Amphithéâtre de quinze mille places, édifié au 3ème siècle ; il fut ravagé par l’incendie qui, en 276, détruisit Bordeaux. Ses ruines servirent de refuge aux truands et filles publiques et la rumeur en fit le rendez-vous des sorcières. Un maire de la Révolution le transforma en carrière, c’est pourquoi il n’en reste aujourd’hui que quelques pans de murs.

L’ÉGLISE SAINT-SEURIN

Une première église du nom de Saint Etienne, aujourd’hui disparue, fut construite au 3ème siècle. Elle fut supplantée, trois siècles plus tard, par une basilique abritant les restes de Saint Seurin, protecteur de Bordeaux.

Différents édifices se succédèrent, chaque fois détruits par des invasions. Une nouvelle église s’édifia aux alentours de l’an mille, dont subsistent le porche et la crypte, ainsi que les constructions du  12ème siècle, tels le chevet, le transept, une partie de la nef et des bas côtés, le clocher occidental et la tour carrée du clocher sud. La nef actuelle est du 13ème siècle.

L’ensemble fut remanié à plusieurs reprises jusqu’en 1844.

Cette basilique fut à l’origine d’un important lieu de pèlerinage sur les Chemins de Compostelle.

L’ÉGLISE SAINTE-CROIX

Cette église abbatiale fut, à l’origine, celle des Bénédictins fixés au 7ème siècle. Ravagé par les pirates normands, le monastère bénédictin a disparu. Une nouvelle église fut construite à la fin du 11ème siècle. Elle fut sans cesse remaniée jusqu’au 19ème siècle.

LA CATHÉDRALE SAINT-ANDRÉ

De l’église de la fin du 11ème siècle, il ne subsiste que le mur occidental en moellons. C’est dans cette première église que fut célébré en 1137 le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Louis VII, futur roi de France. On y entrait après avoir franchi la façade qui s’appuyait sur le rempart de la ville. Lui succéda une grande cathédrale romane dont la construction débuta au 13ème siècle et se poursuivra jusqu’au 16ème siècle.

LA GROSSE CLOCHE

Beffroi de la ville ; il fut édifiée en 1450 en remplacement de la vieille porte Saint Éloi ouverte sur le rempart du 13ème siècle. A l’origine, cette porte Saint Éloi dite aussi porte Saint James, était constituée de quatre tours rondes aux quelles furent adjointes, au 13ème siècle, deux autres tours. L’ensemble formait un véritable château qui abritait l’Hôtel de Ville. Plusieurs modifications successives transformeront la physionomie primitive de cette porte. De l’ensemble médiéval que formait la porte Saint Éloi, il ne reste aujourd’hui que la grosse cloche.

SAINT PIERRE

Le quartier Saint Pierre s’est constitué à partir du 12ème siècle, à la périphérie du castrum gallo-romain, sur les boues de l’ancien port intérieur. L’église primitive a été décrite par l’historien Grégoire de Tours. L’église actuelle a été construite au 14ème siècle sur l’emplacement du bassin Naviguère. Elle fut remaniée au 19ème siècle.

 

Quelques noms de rues ayant gardé leurs appellations depuis leur origine :

– La rue de la Rousselle, figure dans une bulle du pape Alexandre III en 1165 (en gascon Rossela)

– la rue du Port, connue dès 1293

– la rue Saint-James n’a pas changé de nom depuis sept siècles

– la rue Sainte-Colombe, connue en 1333

– la rue Mautrec, connue en 1339 (du mot gascon mautreit mauvais trajet)

– la rue Saint-Eloi, connue en 1380

– la rue Leyteire, connue depuis 1387 (du mot gascon leitèira laitière)

– la rue Maubec, connue en 1400 (en gascon mauvais bec, mauvaise langue).

Le Peugue, rue Dufau à Bordeaux Extrait de Scènes du Bordeaux d'autrefois
Le Peugue, rue Dufau à Bordeaux Extrait de Scènes du Bordeaux d'autrefois
Cours du Peugue dans le Vieux Bordeaux (extrait de Higounet 1980)
Cours du Peugue dans le Vieux Bordeaux (extrait de Higounet 1980)

PESSAC

Deux origines pour le nom de Pessac : l’une celtique dont la racine PECT qui en gallois a donné PAITH signifiant, entre autre, vaste étendue sans forêt, l’autre romaine justifiée par la présence d’une villa romaine (PECCIUS). Une mosaïque romaine découverte en 1882 dans le cimetière entourant jadis l’église Saint-Martin nous apporte le témoignage de la présence d’une villa.

Lors de l’arrivée des Romains, la terre qui deviendra Pessac était une clairière peu cultivée dans un site de forêt où l’on péchait dans ses ruisseaux, tels le Peugue, le Serpent ou l’Artigon, où l’on chassait et exploitait des carrières d’argile le long de la voie romaine (actuellement lieu dit La Tuilerane, au parc industriel).

À Pessac passaient les pistes du bronze et du sel ou via salariae arrivant par Salles et Boï. (La Teste).

C’est dans un texte du Pape Alexandre III (1159-1181) qu’apparaît pour la première fois le nom de Pessac. Il s’agit d’une bulle adressée à Bertrand, archevêque de Bordeaux, lui enjoignant de frapper d’interdit les terres d’Amanieu de Pessac.Les seigneurs autour des terres vassales de Pessac étaient Veyrines (de Mérignac) et Ornon (de Gradignan), dont dépendra la paroisse alternativement au cours des siècles.

Au 12ème siècle, Pessac dépendait du Comté d’Ornon (seigneurs apparaissant à la fin du 11ème siècle) dont les ruines du vieux château féodal se dressaient encore dans Gradignan il y a quelques années. Du lieu dit aujourd’hui il reste un château plus récent ainsi qu’un moulin sur le cours de L’Eau Bourde.

Au 12ème siècle, Pessac dépendait du Comté d’Ornon (seigneurs apparaissant à la fin du 11ème siècle) dont les ruines du vieux château féodal se dressaient encore dans Gradignan il y a quelques années. Du lieu dit aujourd’hui il reste un château plus récent ainsi qu’un moulin sur le cours de L’Eau Bourde.

Les seigneurs autour des terres vassales de Pessac étaient Veyrines (de Mérignac) et Ornon (de Gradignan), dont dépendra la paroisse alternativement au cours des siècles.

Au 12ème siècle, Pessac dépendait du Comté d’Ornon (seigneurs apparaissant à la fin du 11ème siècle) dont les ruines du vieux château féodal se dressaient encore dans Gradignan il y a quelques années. Du lieu dit aujourd’hui il reste un château plus récent ainsi qu’un moulin sur le cours de L’Eau Bourde.

De cette époque date vraisemblablement la première église de Pessac (remaniée au 15ème siècle), puisque l’hôpital de Bardanac sous sa forme primitive disparue, en dépendait au départ. En effet, en 1235, Pérégrine de Pessac, épouse de Raymond Bernard de Blanquefort, seigneur de Veyrines, donne une lande à l’hôpital de Bardanac.

En 1250 Pessac n’était qu’une paroisse, dite Saint Martin de Pessac. Elle était encadrée par les paroisses de Saint Vincent de Mérignac, le Peugue séparant les deux paroisses, Sainte Eulalie, Saint Pierre de Gradignan et Cestas (Sixtas, à six lieues de Bordeaux).

Elle faisait déjà partie de la banlieue de Bordeaux où elle apparaît pour la première fois dans les Établissements de Bordeaux vers 1253-1254. On pouvait y voir une église au milieu des vignes et des champs entourée d’un minuscule cimetière, une douzaine de maisons au Poujeau (du latin podium, éminence), le manoir de Goth au Forestier , une maison noble à Ivrac (Haut-Livrac), une autre à Haut-Brion (Verthamon) jouxtant l’exploitation viticole de Haut-Brion.

Au 14ème siècle, on dénombrait 50 feux à Pessac (350 h). A cette époque, la population totale de l’Aquitaine était de 650 000 habitants, Bordeaux en comptait 30 000, Paris 80 000. Aujourd’hui, il y a 250 000 habitants à Bordeaux et 60 000 à Pessac.

La vigne s’étendait de l’Alouette à Haut-Brion et de Bellegrave à Fontaudin, le reste étant constitué de bois sur les sables, de prés et de champs près des ruisseaux.

C’est la Forêt Royale qui, à partir de Talence, séparait Bordeaux de Pessac et de Gradignan.

Au 15ème siècle, il existait à Pessac des plantations de châtaigniers (La Châtaigneraie) dont le bois précieux servait à la fabrication des barriques, des plantations d’osiers servant à attacher les vignes et des plantations de pins pour la résine.

Un village nommé le Monteil figure dans un titre du 24 février 1466.

Au 17ème siècle, il y avait un moulin à vent sur sa place.

La commune possédait six bornes féodales dont il reste un exemplaire toujours à sa place originelle à Magonty, en limite des communes de Pessac, Mérignac et Saint-Jean d’Illac : elle est nommée Borne des Combes sur le cadastre de 1813. Les autres furent déplacées aux principaux croisements et surmontées en 1869-70 de croix de mission : c’est le cas pour celles du Monteil et de Noès toujours en place aujourd’hui.

Quelques noms de villages à Pessac : Nauest ou Noès (du latin nauda, lieux marécageux), Madran (du nom d’un notaire du 14ème siècle, Pierre Madéran), La Daune et Centou (près de Madran).

Au 16ème siècle, les maisons de maîtres se trouvaient à Haut-Brion, au Poujeau, à Madran, Condom, Fontaudin et Brivazac.

La petite maison noble de Livrac apparaît sur des documents en 1580. Ses terres s’étendaient sur les anciens marais et terres de Sainte Marie et de Goth, entre l’Alouette et le Peugue, sur ce qui sera Monballon et Belle-Assise.

Au 18ème siècle, Pessac comptait 94 feux (foyers) environ 550 habitants.

Selon une visite pastorale de 1751, il n’y a point de lieu principal de la paroisse. Elle est distribuée en villages ou hameaux (11) dont le bourg de l’église. Il y a en outre 18 maisons ou métairies.

Le Poujeau était jusqu’au milieu du 19ème siècle le village le plus important de la commune.

Au siècle dernier, de nombreux châteaux s’étaient implantés à Pessac, notamment, le château de Cazalet, dont le premier domaine existait déjà au 18èmesiècle et remis en état récemment, le château de Brivazac, aujourd’hui inclus dans le domaine universitaire et transformé en centre équestre, le château de Belles-Graves, aujourd’hui haut lieu sportif à Pessac, le château de Camponac, connu depuis 1610, nouvelle médiathèque de Pessac, puis tant d’autres disparus comme le château de Saige, qui produisait en 1898 quinze tonneaux de vin rouge, les châteaux de Madran, de Momballon, de Fanning Lafontaine, du Vallon…Tous ces châteaux en majorité possédaient un vignoble, faisant de notre commune un haut lieu de production du vin.

La plus ancienne maison de Pessac encore debout aujourd’hui est le Vieux Logis de Haut-Brion (126, avenue Jean Cordier).

Aujourd’hui, comme nous l’avons déjà signalé, Pessac compte 60 000 habitants, la vigne s’est réduite à quelques hectares de très haute qualité, les routes et autoroutes quadrillent son espace ; il nous reste quelques châteaux ou maisons de maître réhabilités.

La ville a perdu son caractère champêtre au profit d’une cité urbaine d’importance, mais n’est-ce pas avec un peu de nostalgie que nous regardons ces vieilles cartes postales nous laissant découvrir un paysage malgré tout bien sympathique.

Saurons nous demain lui garder une dimension humaine…

Quelques précisions sur Camille Jullian et Léo Drouyn, tous deux éminents historiens et habitant Pessac au siècle dernier.

En effet, Camille Jullian, né à Marseille en 1859, habita le domaine de Condom-Azam à Pessac (actuellement avenue Azam, près du parc Razon).

Chargé à la faculté des lettres de Bordeaux du cours d’histoire de Bordeaux, savant et remarquable écrivain, il est l’auteur d’ouvrages sur Bordeaux et l’Aquitaine qui n’ont jamais cessé de faire autorité, en particulier son Histoire de Bordeaux constamment rééditée depuis un siècle.

Quant à Léo Drouyn, né en 1816 à Izon, il séjourna à Pessac , Villa Ladonne. Nous lui devons également de nombreux ouvrages sur Bordeaux. Archéologue et aquafortiste, il a publié de nombreuses études archéologiques. C’était un historien local abondant et précis. La Guienne militaire, Bordeaux en 1450 et les Variétés girondines resteront de très grands livres d’érudition locale.

Autre personnage célèbre à Pessac, MONTESQUIEU, né au château de la Brède en 1686, magistrat et écrivain, membre de l’Académie française, il est connu notamment pour avoir écrit Les Lettres Persanes et L’esprit des Lois. En 1726, il fait l’acquisition à Pessac d’un domaine afin d’y planter de la vigne. Celui-ci prit le nom de domaine de Bacalan.

Aujourd’hui, ses actuels propriétaires ont récemment replanté le domaine d’un jeune vignoble.

Toujours pour l’anecdote, vers 1840, un dénommé Pierre Hugues possédant un domaine à Pessac, y expérimenta un nouveau procédé de récolte de la résine, dit pot ascentionnel. Ce procédé fut reprit quelques années plus tard et se généralisa sous l’appellation du pot HUGUES.

L'église Saint Martin à Pessac
L'église Saint Martin à Pessac
Le château Haut-Brion
Le château Haut-Brion
Le château de Bellegrave
Le château de Bellegrave
Borne des Combes
Borne des Combes
La Mairie de Pessac
La Mairie de Pessac

VEYRINES

Seigneurie très ancienne, Amanieu de Vitrinis en était seigneur dès la fin du 12ème siècle. Il est qualifié de chevalier. Avant 1290, les textes d’archives signalent à Veyrines un castellum (petite forteresse).
En 1290, le seigneur de Veyrines fit entourer son manoir de murs avec porte donjon, le transformant ainsi en une place forte aménagée pour la défense du pays.

Au début du 14ème siècle, Veyrines (Vitrinis, du latin vitrina atelier de verrier, Veyrines, issu du gascon veirina verrerie) appartenait à la famille de Goth., puis à la famille des Montferrand.

Situé sur la rive gauche du Peugue, à Mérignac, le château dont faisait partie cette seigneurie, était le siège d’une juridiction considérable, dont Pessac faisait partie au 15ème siècle. Il appartenait au haut moyen âge.

En l’année 1700, on décida la démolition du château, car ses murs menaçaient ruine.

De cette maison forte il ne reste aujourd’hui que la Tour dites des Eyquems à Mérignac. Elle fut transformée en oratoire dans la seconde moitié du 14ème siècle. Des peintures murales en décorent encore les parois ainsi que la voûte du couloir de la porte donjon.

Selon les apparences et toute proportion gardée, la place forte de Veyrines devait, peut-être, ressembler au château de Montaner datant de 1375 (arrondissement de Pau), château place d’armes qui était adapté aux nouveaux aspects des guerres de l’époque.

Anecdotes : une veyrine est un trou, rond ou ovale, dans la paroi d’une église par lequel on faisait passer des personnes, la plupart du temps des enfants, des jeunes, dans un but curatif. C’était une pratique ancienne en Gironde.

La tour de Veyrines
La tour de Veyrines

NOÈS – LA FERME EXPERIMENTALE

Quelques notes sur cette ferme, dont l’implantation fut décidée en application d’un arrêté royal de 1761, favorisant le défrichement des terres libres du royaume pour éviter la disette du grain.
Cet arrêté fut pris pour limiter en Guyenne, particulièrement en bordelais, la monoculture viticole et provoquer ainsi la création de cultures céréalières assorties de moulins.

Jacques Alexandre Laffon de Ladebat fut à l’origine de la Ferme Expérimentale et du moulin subsistant et son fils, André Daniel,et son épouse, née Julie de Bacalan, contribuèrent à, la développer jusqu’à sa vente en 1811.

Construite près du quartier de Noès, aux abords des berges du Peugue, afin de permettre l’implantation d’un moulin, cette ferme fut l’objet d’un important défrichement de la lande la plus proche des Graves de Bordeaux.

Elle produisait du grain, élevait des vers à soie nourris avec ses mûriers et formait des valets de ferme.

Une réserve à poissons, entourée de belles pierres plates, servait de supplément de réserve d’eau au moulin.

Au début du siècle, c’était encore une exploitation florissante avec une importante laiterie.

De son passé de sériciculture, il existait encore de nombreux mûriers dans la cour d’honneur.

En 1946, il restait deux corps d’habitations comprenant quatre logements, une étable et le moulin. Elle fut détruite en 1970. Il n’en reste aujourd’hui que le moulin dit de Noès sur le cours du Peugue.

 

Le Peugue au moulin de Noès
Le Peugue au moulin de Noès
Détail de la carte de Belleyme (fin 18e siècle)
Détail de la carte de Belleyme (fin 18e siècle)
Le moulin de Noès
Le moulin de Noès

LE PEUGUE

Le mot d’origine latine pelagus (signifie eaux débordées d’une rivière) a donné peugue en gascon et se prononçait péougue. Il est resté dans la langue moderne avec le sens de la pleine mer, le large, l’élément liquide. (Pour en savoir plus, lire l’article de Jacques Clémens).
Comme les ruisseaux de Pessac, le Peugue naît ruisseau de la lande. Il prend sa source dans les zones de l’amorce du plateau landais où le sous-sol est plus ou moins imperméable et où l’écoulement est difficile. Le rassemblement des eaux, plus ou moins ferrugineuses, se fait en général dans les lagunesaux formes arrondies, parfois parfaitement rondes. Les crastes sont des fossés de drainage qui alimentent ces ruisseaux.

Les sources du Peugue situées dans l’ancien Domaine des Anguilles, aujourd’hui terrain municipal désigné sous le nom du Bois des Sources du Peugue, sont dites résurgentes et de ruissellement.

Des dunes de sable se formèrent le long de ses rives et tout au long de son cours, permettant l’exploitation au siècle dernier de verreries, telle celle du Vallon.

Le Peugue était le canal de la mer signalé par les Rôles Gascons (feuille sur laquelle on écrivait les actes ou les titres de notoriété attestant, entre autre, la jurisprudence).

Au 12ème  siècle le port de Bordeaux réduit à sa plus simple expression se situait sur l’embouchure de la Devèze et du Peugue et par temps calme, un peu sur la Garonne, entre ces deux cours d’eau. Le plus gros trafic régnait sur l’embouchure du Peugue, abri sûr pour la batellerie légère, assurant faute de pont, le passage des voyageurs, pèlerins, poissons, bois. D’autre part, ces mêmes barques pouvaient traverser toute la ville sur le cours d’eau et permettait d’alimenter le vieux marché. Le port du Peugue prit une grande importance à partir de 1650 et fut baptisé port des étrangers.

Des moulins s’établirent au bord du Peugue, au pied de la cathédrale Saint-André, au bord du chemin qui longeait le cours d’eau, en remontant la rive jusqu’à Pessac. Parmi ces moulins connus, figurait celui de Crespiac, déjà signalé en 1247 (aujourd’hui disparu) et se situant sur la propriété actuelle des Carmes à Pessac.

Il nous reste comme témoignage de ce temps le moulin de la Ferme Expérimentale, dit de Noès, rebâti en dur au 18e siècle sur l’emplacement d’un moulin plus ancien. Les bassins des moulins, plus vastes que nécessaires, permettaient l’élevage des poissons, revenu complémentaire de la meunerie. Une cressonnière subsista longtemps avenue de Noès.

Une importante activité régnait sur le cours du Peugue générée par de nombreux lavoirs, dont certains d’entre eux formaient de véritables entreprises, les lavandières animant ses berges au bruit de leurs battoirs, tandis que les animaux venaient s’y désaltérer dans des bassins formés naturellement et employés comme abreuvoirs.

Des processions existaient encore au siècle dernier, afin de bénir par des sermons les eaux ainsi que les habitations telles ces maisons basses situées près des ruisseaux, habitées généralement par des blanchisseuses. Une de ces cérémonie avait lieu le jour de la Saint Marc, par le clergé de Sainte Eulalie, les habitants ayant improvisé une chaire rustique, composée d’une grande baille que l’on nomme en patois un bugadey ou en français un bugeoir, cette baille était exhaussée sur deux tréteaux où l’officiant montait pour faire son petit sermon.

À Pessac, plusieurs châteaux et villas alimentaient leurs étangs poissonneux grâce au ruisseau du Peugue notamment, le château du Haut-Bourgailh, (disparu), ainsi que le domaine des Eclusettes (aujourd’hui la Réserve).

Pour la petite histoire, l’emplacement de l’asile d’aliénés Château Picon (aujourd’hui hôpital Charles Perrens), fut choisi, en 1869, entre autre, pour sa proximité avec le Peugue. En effet celui-ci assurait le service de l’eau pour tous les besoins et le débarras de toutes les eaux vannes de l’asile. Le tout à l’égout n’existant pas, le ruisseau permettait certaines commodités d’usage.

Ruisseau urbain, le Peugue se transforma progressivement en égout à ciel ouvert et fut l’objet de nombreuses pétitions. Il dut être canalisé sur une grande partie de son cours.

Réhabilité aujourd’hui, notamment par l’aménagement du bois des sources du Peugue ainsi que par la coulée verte, il permet à chacun de se réapproprier ses berges même si au fil du temps son cours s’est amoindri. Reste le plaisir de s’y promener à pied, à vélo et même à cheval.

Lavoirs au bord du Peugue entre Pessac et Bordeaux
Lavoirs au bord du Peugue entre Pessac et Bordeaux

LES VIGNES

Le 10ème siècle est l’époque des grands défrichements au bénéfice du vignoble pessacais dont les plus belles croupes graveleuses s’élargissent.
En ces temps lointains défricher se disait artigar. C’est de Artigue que vient le nom d’Artiguemale au Haut-Brion, en un lieu où les bois furent arrachés pour planter de la vigne. Le terme Brion, d’origine gauloise, pourrait signifier plaine ou hauteur par rapport au Peugue et à ses marais.

Les vins de Pessac figurent parmi les plus anciens crus de la Gironde, ils étaient renommés dès le début du 14ème siècle puisque Rabelais lui même savait s’en régaler.

Au 14ème siècle la vigne de Pessac s’étend de l’Alouette à Haut-Brion et de Bellegrave à Fontaudin. C’était exclusivement un vignoble de Graves.

Dès cette époque, la Mothe de Cailhau se dresse près des vignes du Pape-Clément, au lieu appelé Brana (en ancien français braine, en gascon brau : pâturage très humide ou marécage).

En 1362, un nommé Joseph Lacoste, vigneron à Pessac et marchand à Bordeaux, partit à Londres vendre sa récolte de vin pessacais.

Une exploitation viticole portant le nom de Haut-Mont vraisemblablement Haut-Brion, est signalée dans en acte en 1425.

En 1531, Jean de Pontac fit l’acquisition du bourdieu de Montcuq, voisin du Haut-Brion, vers le vieux logis (Verthamon). À partir de 1533, il acheta plusieurs pièces de vignes et constitua progressivement le Grand Haut-Brion.

La construction du château actuel date de 1550. Les vignes s’étendaient jusqu’aux berges du Peugue (actuel domaine des Carmes) au bord duquel était construit le moulin de Crespiac (moulin à blé).

À cette époque le vin commerciable, celui des meilleures terres et des grands crus tels le Haut-Brion et le Pape Clément était l’objet d’un soin particulier. Ce vin dit ni aigre, ni pourri, ni éventé, de bonne couleur était toujours mis dans des futailles neuves. La plus grande difficulté étant d’obtenir de grandes quantités homogènes et de bonne tenue.

Les vins de grave étant considérés comme nettement supérieurs et particulièrement recherchés pour leur finesse, leur sève très prononcée et leur agréable bouquet, les Pessacais avaient l’avantage de mieux vendre leur récolte.

C’est de 1550 que date la première et vague classification des vins de grands crus.

Les vignes du château Pape-Clément
Les vignes du château Pape-Clément
Le château Haut-Brion
Le château Haut-Brion

UN PAPE À PESSAC

C’est en 1299 que Bertrand de Goth devint propriétaire à Pessac. Il fut nommé pape le 24 juillet 1305 sous le nom de Clément V. Sa condition familiale explique sa carrière fulgurante et sa venue à Pessac
II était le cadet d’une riche famille noble, dont les biens s’étendaient sur le Bordelais et le Bazadais, autour de Villandraut son village natal et d’Uzeste où il repose.

Suite à sa nomination sur le trône Archiépiscopal, à Bordeaux, son frère, Beraud de Goth lui fit don d’un vieux manoir au Forestier et d’un vignoble qui sera le clos Sainte Marie de Bel Air. L’ensemble de ce qui en reste constitue aujourd’hui le vignoble du Pape Clément.

Ce domaine se composait alors de bois, prés bas au bord du Peugue, plantations de peupliers, viviers à poissons, vignes s’étirant sur une longue croupe graveleuse entre Magonty et le chemin de Pessac à Marinhac (Mérignac), l’actuelle rue Roger Cohé.

En largeur il allait, approximativement, de la route de la Teste (route d’Arcachon) à la seigneurie de Veyrines (propriété d’une nièce).

Clément V fut l’unique pape Gascon (1305-1314). Neuf bulles furent signées à Pessac. Il dota Bordeaux de l’autorité de son archevêque, fonda divers couvents, créa des hôpitaux. Il fit également construire le transept et le chœur de la cathédrale Saint André de Bordeaux.

Lors de son installation à Avignon, il fit connaître les vins de Pessac.

L’historien Léo Drouyn, retrouva les dernière traces d’un château vieux (13ème siècle) derrière l’actuel domaine Forestier. Un château neuf s’éleva, plus haut, au 15ème siècle sur les fondations de l’actuel Château Pape Clément (19ème siècle).

Le château Pape-Clément
Le château Pape-Clément

BARDANAC

La découverte, au 9ème siècle, des reliques de Saint-Jacques le majeur, en Galice, déclenche un pèlerinage au siècle suivant. Ce n’est qu’à partir du 12ème siècle que ce pèlerinage prend une importance considérable. Les pèlerins, porteurs de la célèbre coquille, partaient de Belgique et autres pays du Nord de la France
L’itinéraire par Bordeaux explique le passage par Pessac sur la route de Bayonne où la paroisse établit un reposoir qui ne tarde pas à devenir Notre-Dame de Bardanac, prieuré ou maison d’accueil des hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem (l’actuel relais de Compostelle).

On ignore l’époque de sa fondation ; en 1235 il est attesté par une donation de Pélegrine de Pessac.

C’est le premier hôpital que rencontraient les pèlerins qui partaient de Bordeaux pour Saint Jacques de Compostelle. Placé à l’extrémité des paroisses de Talence, Pessac et Gradignan, le chemin, anciennement appelé le chemin Romiu c’est à dire des pèlerins, longe cet ancien hôpital.

L’établissement de l’époque n’était pas celui que nous connaissons aujourd’hui qui ne date que des 17ème et 18ème siècles. Il comprenait une salle à feu, une grange avec de la paille pour dormir et une salle commune d’hôpital, plus cinq lits réservés à des visiteurs aisés ne couchant pas sur la paille. Il possédait une église ou chapelle dont les ornements pour dire la sainte messe étaient déclarés fort beaux lors d’un procès verbal dressé en 1673. Un cimetière entourait cette chapelle.

Les revenus du prieuré consistaient surtout en vins. En 1606 il produisait 16 tonneaux.

Des processions venant de Pessac, Gradignan et Talence venaient chaque année honorer et prier Notre-Dame de Bardanac dont la chapelle fut détruite à la fin du 18ème siècle. Le domaine de Bardanac fut exproprié et vendu en 1793.
Comparons maintenant et imaginons ce que pouvait être ce prieuré en nous promenant du côté de Cayac. Autre hôpital prieuré, il se dresse à la sortie sud de Gradignan et toujours sur la route de Bayonne. Ce dernier existait également en 1229, attesté par un acte ancien mais sa fondation est probablement antérieure à cette date.

Comme Bardanac, son existence est liée au pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle qui a vu naître, surtout aux 12ème  et 13ème  siècles, le long de ses nombreux itinéraires, une foule d’hôpitaux ou d’hospices.

Ces établissements étaient destinés a accueillir, secourir et soigner les pèlerins ainsi que les indigents des campagnes.

L’hébergement y était rudimentaire ; la gestion en était assurée par des ordres religieux.

Cayac comme Bardanac se trouvaient ainsi sur la Via Turonensis, qui venait de Tours et passait par Poitiers, Saintes, Bordeaux.

Aujourd’hui, Bardanac devenu le Relais de Compostelle reçoit toujours des visiteurs qui viennent s’y restaurer, quant à Cayac, sa restauration permet toujours d’y recevoir des pèlerins en route pour Saint Jacques.

Le prieuré de Bardanac
Le prieuré de Bardanac

VOIES ROMAINES

Dès les premiers siècles, nos pistes gauloises principales passant par Pessac sont devenues d’authentiques voies romaines. Ces routes étaient faites de troncs d’arbres et de couches de gravier surtout vers la lande. Elles étaient surélevées au dessus des marécages et de chaque côté étaient creusés régulièrement de grands trous d’où l’on extrayait les matériaux nécessaires à la construction.
Celle qui porte encore le nom de Voie Romaine longe l’autoroute de Bayonne, le parc industriel et passe par le lieu dit Cantaranne (chante grenouille) : on pouvait y voir, il y a quelques années, de grandes marres ainsi que d’anciennes carrières d’argile qui alimentaient une poterie et une tuilerie, d’où le nom de Tuileranne près de l’Hôtel de la Monnaie. On y a découvert des tessons et une lampe à huile.

L’autre branche de la voie romaine pénétrait dans Pessac par la clinique mutualiste, le rond-point de Brivazac à cent mètres environ de l’église. Après avoir traversé l’Alouette, Bacalan, le Bleu, le bois des Arrestieux, elle empruntait sur une grande longueur la Levade Gauloise. C’était la route du sel, du bronze et de l’étain.

Les deux voies romaines de Bordeaux à Dax présentaient quelques points remarquables par leurs vestiges d’antiquités. Au village de Croix d’Hins, furent découverts à 30 mètres de l’ancienne voie romaine les fondations d’une fabrique antique et plusieurs objets (monnaies, statuettes, tuiles et poteries).

Croix d’Hins (Heins) était au temps des romains un des fins ou confins faisant séparation du territoire des Boïates (peuples du Bassins d’Arcachon) d’avec celui des Bituriges Vivisques.

En 1524, le trafic venant de la forêt usagère de la Teste, gemme, résines, encens, goudrons, représentait 1 500 tonnes, 4 000 tonnes en 1546.

Pessac était aussi, la zone de transit d’autres produits réputés venant également de la mer de la Teste ou petite mer de Buch et des alentours : poissons et miel de bruyère.

Les Arrestieux, nom qui en Gascon signifie lieu où il est dans l’usage de s’arrêter pour faire reposer les chevaux, était très connu des gens de la Teste pour son auberge. Celle-ci figure également comme halte d’une déviation du chemin de Saint Jacques de Compostelle.

La voie de Bordeaux à Sanguinet (LOSA) est appelée ancienne levée sur les cartes de Belleyme et de Cassini entre Croix d’Hins (Marcheprime) et les Arrestieux (bois de Gazinet).

En 1837 l’historien Jouannet la suit des bords de la Leyre jusqu’à Bordeaux en passant par Lamothe, Biganos, Hins et Pessac ; l’alignement est direct (D 650 et N 650, actuelle route d’Arcachon).

Au 18ème siècle, le chemin est dit Lou Cami Bougés, nom que portent les habitants du Pays de Buch.

Aujourd’hui, la route d’Arcachon est doublée par la voie rapide menant en Espagne via Bayonne et représente un trafic de marchandises non négligeable pour l’approvisionnement de Bordeaux.

Ainsi et ce malgré le temps, ces voies de communication ont su garder ce lien vital qui relie les hommes et ont permis la propagation des échanges commerciaux et culturels.

MAGONTY

L’origine du nom de Magonty vient sans doute de Louis Hyppolite Magonty, maire de Pessac entre 1831 et 1838. Gros propriétaire, pharmacien à Bordeaux, il possédait une maison au Bourg ainsi que des terrains à Cap de Bos.
Terre de landes infertiles, au sol environnant désertique en été et marécageux en hiver, Magonty connaît peu d’implantation humaine au 18ème siècle.

Sur la carte topographique de la Guyenne levée entre 1762 et 1783 par Belleyme (ingénieur géographe du roi), on relève plusieurs domaines existant à cette époque, notamment :

  • la Princesse, aujourd’hui Domaine des Princes,
  • Tartifume, aujourd’hui ferme Dubourg, ancien pavillon de chasse,
  • Romainville, aujourd’hui Chasse du Faisan noir
  • Plaisance, disparu, se situait approximativement derrière le terrain de bicross actuel, ainsi que le PARC (bifurcation Princesse-Romainville)
  • les Bayais, existant toujours,
  • Rossignol, disparu, se situait entre la rue de la Princesse et le lotissement actuel,
  • Bidet, l’exploitation de la ferme était déjà signalée en 1674 et le lieu existe toujours,
  • Gazinet, qui a récemment cédé la place à un nouveau lotissement,
  • Pujeau des Fosses, dont les premières maisons seront plus tard, l’amorce du village du Bleu,
  • Le Petit Gazinet figure sur cette carte sans appellation, entre le Grand Cambray et Pujeau des Fossés ; situé à l’entrée du Bois de la Princesse, il n’en reste aujourd’hui que le puits,
  • les Anguilles, toujours là, donnant naissance aux Sources du Peugue,
  • le Grand Cambray, aujourd’hui dénommé Les Bordes dont le domaine associé à celui des Anguilles est à l’origine du Bois des Sources du Peugue actuel.

Sur cette carte de Belleyme figure également les Arrestieux (Toctoucau n’existait pas encore).

On retrouve également des lieux bien connus encore aujourd’hui, tels Cap del Bos, Salle du Livrac, France, Madran, Haut Médoc (aujourd’hui Bacalan).

À cette époque plusieurs domaines, à Magonty, possédaient des parcelles de vigne, notamment Romainville, Plaisance, Tartifume, le Prince.

Sur cette carte, on retrouve les axes principaux toujours en vigueur qui sont les anciens chemins de Magonty, de Romainville et de la Princesse.

Comme on peut le constater, toujours sur cette carte, la lande constituait l’essentiel du paysage. Ces terres étaient en grande partie composées de sables acides et de très peu d’humus. D’un moment à l’autre un vent salé que rien n’arrêtait, venait y brûler les cultures. C’est pourquoi des anneaux d’arbres étaient plantés autour des domaines afin de protéger les champs des vents d’ouest dominants, la forêt de pins n’existant pas encore.

Sur le chemin de la Princesse, la survivance de la politique de Sully (ministre de Henry IV) maintenait là une importante plantation de mûriers appartenant à M. Jacques Louis François Romainville, directeur des spectacles à Bordeaux (voir extrait du courrier datant de 1780).

La seule voie carrossable entre Pessac et la Teste, était l’ancienne Levée gauloise créée pour circuler en chars à bœufs, au dessus de la lande marécageuse. Les romains l’utilisèrent, l’actuelle route d’Arcachon en suit à peu près le tracé.

En marge de cette voie unique les troupeaux itinérants de moutons, accompagnés de pasteurs juchés sur des échasses, allaient et venaient, au gré des saisons à la recherche de maigres pâturages. La transhumance pouvait mener les troupeaux de Bordeaux jusqu’aux Pyrénées.

Ce n’est qu’après les travaux de Chambrelent, au milieu du 19ème siècle, que cette terre drainée par la création de vastes réseaux de fossés deviendra favorable à la germination de la graine de pin maritime.

La lande s’imposait sur tous les espaces non occupés par les bois et les champs. La vigne occupait les sols de graves jusqu’à Magonty et Bacalan. Les vignes du Pape Clément, au 17ème siècle, allaient jusqu’à Magonty, où des traces et une borne se voyaient encore au siècle dernier dans la propriété Ker Saint Orens, actuellement chemin du Transvaal.

Dans le registre du cadastre de 1813, de nouveaux propriétaires feront de la vigne, au Merle, à Papot, Rossignol, ainsi qu’au Bidet.

A cette époque, la totalité du domaine du Grand Cambray appartenait à un dénommé Dératier, boulanger à Bordeaux. Il est composé de pâture, terre, jardin, maisons (2), parc, landes, vivier, ainsi que du domaine des Anguilles, avec maison, verger, lagune, prés, pins.

Toujours à cette période, le domaine de Gazinet a pour propriétaires Desbareilles de Cestas et Miaille, courtier à Bordeaux. Ils possèdent maisons, parcs, jardins, prés, pâtures, pelouse, bois, lagunes et terre.

Le domaine des Princes a lui pour propriétaire un dénommé Rambaud : il est constitué de bois, pâture, parc, maison, jardin, vigne, terre, pré, pins.

Quelques noms de propriétaires de l’époque, Dumentet (que l’on retrouve au domaine de Cazalet, signifiant petit jardin), Loustau, Teich, Dubourg, Mondain, Merle, Lay, Fourcade, Bélion.

Sur le plan du cadastre de 1813, on remarque plusieurs lagunes dont certaines répertoriées et appelées : SOUDOUR (au sud des Bidets, vers l’actuel lac de Cap de Bos), LAGASSEY (au nord des Bidets, actuelle décharge), la HONTASSE (en amont sur le cours du Peugue).

Comme trace historique, il nous reste une Borne datant environ de 1526 et qui délimitait, à l’époque, la juridiction de Veyrines. Toujours à sa place initiale sur le Domaine du Barail Brûlé, le croissant tourné vers Mérignac, le L vers Pessac, face à l’ancienne terre noble de Lestonac. Elle délimite toujours les trois communes de Pessac, Mérignac et Saint Jean d’Illac.

Si les siècles passés ont vu peu d’habitants à Magonty, chacun d’entre nous peut constater que les temps ont changé. En effet notre quartier après bien des transformations connaît une importante mutation. De terres agricoles, il en reste peu, de vignes encore moins, mais d’habitations, beaucoup plus.

Le Peugue a perdu au fil du temps de son importance, mais il reste pour notre environnement un point fort par l’aménagement progressif d’une importante zone verte, qui fera retrouver aux Pessacais l’envie de le redécouvrir.

Quelques explications de termes anciens :

Barail : en gascon barralh, veut dire terrain clos, prairie clôturée. Par extension pré ou prairie. À Magonty on retrouve le Barail Brûlé et le Grand Barail.

Dans les registres on trouve souvent le Mayne qui signifie domaine, ensemble d’une exploitation agricole, l’ancienne manse dans un sens plus étroit : la maison d’habitation (houstau) avec ses dépendances immédiates et les terres attenantes.

Manse : vieux mot gascon signifiant manoir, ferme, demeure.

Plantier : en gascon plantey, endroit planté de vignes (exp. le plantier de Noès).

Belleyme

LE BOIS DES SOURCES DU PEUGUE

Cet espace vert, comprenant plusieurs hectares de forêt, ainsi que les sources du Peugue, nous ramène dans l’histoire avec le vaste domaine historique du Grand-Cambray, duquel est conservé et réhabilité aujourd’hui la vaste allée centrale menant à la Mare au Diable, en limite actuelle du centre équestre.

Historique également, le grand domaine des Anguilles où le Peugue prend sa source, ainsi que le domaine de Gazinet, où subsistent encore deux importants bassins circulaires dits viviers à anguilles.

On peut constater, à la lecture de ces détails que l’environnement devait sans nul doute être très humide, puisque des poissons comme les anguilles y prospéraient et devaient, comme la nature les y contraint, remonter le cours du Peugue après leur long périple, venant de la mer des Sargasses.

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Si le Peugue m’était conté …

 

LE BOIS DES SOURCES DU PEUGUE

Cet espace vert, comprenant plusieurs hectares de forêt, ainsi que les sources du Peugue, nous ramène dans l’histoire avec le vaste domaine historique du Grand-Cambray, duquel est conservé et réhabilité aujourd’hui la vaste allée centrale menant à la Mare au Diable, en limite actuelle du centre équestre.

Historique également, le grand domaine des Anguilles où le Peugue prend sa source, ainsi que le domaine de Gazinet, où subsistent encore deux importants bassins circulaires dits viviers à anguilles.

On peut constater, à la lecture de ces détails que l’environnement devait sans nul doute être très humide, puisque des poissons comme les anguilles y prospéraient et devaient, comme la nature les y contraint, remonter le cours du Peugue après leur long périple, venant de la mer des Sargasses.

Cet ensemble, aujourd’hui préservé, forme ce qu’on appelle Le Bois des Sources du Peugue (voir leplan).

Ouvert au public depuis 2002, il offre un espace environnemental de qualité et fournit à chacun une zone d’activité à sa convenance, que se soit pour la course, le vélo ou le cheval, sans oublier la promenade d’agrément pouvant, nous mener jusqu’au Lac de Cap de Bos puis, dans quelques temps, à la Forêt du Bourgailh en suivant les rives du Peugue.

Les événements météorologiques du 27 décembre 1999 nous obligent toutefois à réfléchir et à nous rappeler que la forêt est fragile et qu’il dépend de nous tous de la préserver.

Plan d'eau
Plan d'eau

Bibliographie

– Archives Départementales de la Gironde.

– Archives Municipales de Bordeaux.

– Archives Municipales de Pessac.

– Plan Guide du Patrimoine, Office de tourisme de Bordeaux.

– Raphaël SAINT-ORENS : Histoire de Pessac, tomes 1, 2, 3. Centre de recherche et de documentation de Bordeaux, 1973, 1986, 1987.

– Pessac d’Hier à travers la collection de cartes postales de Christian Delord. Amis du Beau et Vieux Pessac, 1986

– Jacques CLÉMENS, Mémoire en Images Pessac, Éditions Alan Sutton, 1999.

– Enceintes Romaines d’Aquitaine, sous la direction de Pierre Garmy et Louis Maurin, Documents d’archéologie française, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 1996.

– Roger GALY, Les Rues de Bordeaux des origines à nos jours, Éditions Princi Néguer, 1998.

– Le Livre de Pessac, Bureau Pessacais du Tourisme, Société des Imprimeries MAURY, 1988

– Scènes de Bordeaux d’Autrefois, Musée d’Aquitaine 1993.

– C. HIGOUNET, L. LABEYRIE, L’Histoire de Bordeaux, Éditions Dargaud, Mairie de Bordeaux,1983

– Bénédicte et Jean-Jacques FENIE, Toponymie Gasconne, Collection Sud Ouest Université, Éditions Sud Ouest,1997

– Albert RECHE, Connaître Bordeaux, Éditions Sud Ouest, 1995

– Abbé BAUREIN, Variétés Bordeloises,1876

– JOUANNET, Statistiques du Département de la Gironde, 3 volumes, 1837-39

– Camille JULLIAN, Histoire de Bordeaux, 1895

– Léo DROUYN , Archives Historiques de la Gironde,1861

– Jean SAUTREAU, La Tour de Veyrines, Groupe Girondin des Études Locales de L’enseignement Public.

– Claude COURAU, Le Gemmage en Forêt de Gascogne, Éditions Princi Nègre, 1995

– Aquitaine Historique, Journal de l’Association Réseaux N° 40, Pessac

– Centre Jacquaire Européen De Cayac