Fédération des Syndicats
de Quartiers de Pessac

Verthamon – Haut-Brion

Présentation du syndicat de quartier

L’intitulé du comité de quartier définit à lui seul les trois directions vers lesquelles s’orientent ses actions : comité des fêtes, de bienfaisance et d’intérêts du quartier de Verthamon – Haut Brion.

C’est ainsi que l’organisation de ses activités s’élabore dans trois commissions :

  • Commission des fêtes et loisirs
  • Commission d’action sociale
  • Commission d’urbanisme et environnement.

Ces commissions se réunissent aussi souvent que les besoins l’exigent.
Leurs travaux et projets sont ratifiés lors des réunions de bureau ou de conseil d’administration, qui sont fixées selon un calendrier.

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Conseil d’administration :

  • Président : M. Paul Bétin
  • Vice-présidente : Mme Madeleine Ducoux
  • Secrétaire : M. Serge Gousseau
  • Trésoriere : Mme Michèle Gaussens
  • Archiviste : M. Paul Bétin

Membres  :

  • M. Jean-François Bolzec
  • Mme Annette Descazeaux
  • M. Denis Geslin
  • Mme Adèle Heredia
  • Mme Maryse Jiménez
  • Mme Marie-Céline Lafarie
  • Mme Natacha Pérébasquine

Administrateur section danse : M. Jean-François Moulenq

Informations pratiques

  • Siège : 17 rue Francis Planté 33600 PESSAC
  • PERMANENCE DU COMITE : le premier jeudi de chaque mois de 15 à 17 heures (sauf juillet-août)

Les vignobles du quartier de Verthamon

Le quartier de Verthamon présente une particularité : malgré la proximité de Bordeaux, il héberge deux prestigieux vignobles appartenant à l’appellation Pessac-Léognan.

Le château Haut-Brion

C’est dans le terroir des Graves, que Jean de Pontac constitua, dès 1525, le Domaine viticole du Château Haut-Brion. Ses descendants réussirent à produire un nouveau type de vin qui fut à l’origine des grands vins de Bordeaux. Ces efforts permirent à Arnaud de Pontac, dès 1660, d’identifier et de personnaliser sa production : les vins de Pontac, puis d’Haut-Brion connurent à Londres un immense succès. Le premier des Grands Crus Bordelais était né.

Haut-Brion : l’histoire se confond avec celle de Bordeaux et celle de la France. Nombre d’hommes illustres en furent propriétaires : des amiraux, un évêque, un grand Maréchal de France, deux maires de Bordeaux, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord alors Ministre des Relations du Consulat et de l’Empire et, plus récemment, l’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique à Paris, C. Douglas Dillon qui fut également Ministre des Finances au temps du Président Kennedy.

 

Un Premier Cru ne peut se permettre de retard technique, ni d’erreur. Dans les années 1960, Haut-Brion fut le premier des Grands Crus à innover de nouvelles cuves de fermentation, comme il est aujourd’hui le premier à améliorer les cépages qu’il utilise par une patiente et laborieuse sélection clonale personnelle,
Classé Premier Cru de la Gironde en 1855, Château Haut-Brion le fut aussi en 1973, bien que ce dernier classement ne concernait que le Médoc et que Haut-Brion soit situé dans les Graves. Château Haut-Brion produit également un vin blanc, le plus estimé des vins blancs secs de Bordeaux.

Le domaine s’étend sur une superficie de 43,2 hectares. Sa production annuelle est de 14000 à 18000 caisses.

  • Propriétaires : Domaine Clarence Dillon S.A.
  • Président Directeur Général : Madame la Duchesse de MOUCHY
  • Directeur Général : Monsieur le Duc de MOUCHY
  • Directeur Général Adjoint : Jean Bernard DELMAS
  • Chef de culture : Pascal BARATIE
  • Maître de chais : Jean-Philippe MASCLEF

 

Adresse :
Domaines CLARENCE DILLON S.A.
B.P. 24 33604 PESSAC
Tel. : 05 56 00 29 30
Fax : 05 56 98 75 14

Le château Les Carmes Haut-Brion

 

En 1584, Jean de Pontac, seigneur de Haut-Brion, alors âgé de 101 ans, donne aux Carmes de Notre-Dame un moulin à eau entouré de prés et de vignes. Au fil des années, l’usage transforme progressivement le nom de la propriété en Carmes Haut-Brion. En 1791, sous la Révolution, ont fait du domaine un bien national.

Il fut racheté au début du 19ème siècle par Léon Colin, négociant en vins à Bordeaux ancêtre direct des propriétaires actuels, la famille Chantecaille-Furt.
Au centre du domaine se dresse un petit château du 19ème siècle entouré de l’un des plus jolis parcs dessinés par le paysagiste Fischer. La fontaine qui l’orne date du 14ème siècle. Le ruisseau du Peugue traverse le parc. L’entourage des murs et des maisons favorise un microclimat étonnant. Les raisins atteignent une très grande maturité bien avant les autre vignobles de la région, d’autant plus que le risque de gelée est moindre.

La superficie du vignoble est de 4,7 hectares.

  • Propriétaires : Didier et Caroline FURT

Château Les Carmes Haut-Brion
197, Avenue Jean Cordier
33600 PESSAC (FRANCE)
Tel. : 05 56 51 49 43 – fax. : 05 56 93 10 71
e-mail : chateau@les-carmes-haut-brion.com

Histoire du quartier

Le Faciès de Verthamon

Alors que le cycle de l’échoppe bordelaise est presque achevé en 1914, une autre forme d’habitat apparaît, c’est le système des lotissements de grande taille qui met en jeu des terrains bon marché avec des surfaces de parcelles de 500 m² et plus contre 100 à 200 m² pour les échoppes. Sur des terrains plus importants on voit naître un habitat discontinu où tout le monde fuit la mitoyenneté.

En même temps, l’ampleur des surfaces traitées suppose l’intervention de sociétés puissantes, capables de supporter les importants travaux de viabilité que les communes imposent aux lotisseurs. Ces derniers doivent consentir à des acheteurs besogneux les longs crédits qui leur sont souvent nécessaires.

La presque totalité des ventes résulte d’un bail de dix ans avec promesse de vente, le prix du terrain étant payable sans intérêt en dix années d’égale valeur. Comme en même temps le prix est relativement modeste (2 francs le m²) le succès est rapide malgré l’éloignement du centre ville.

Le phénomène s’amplifie rapidement sur les communes de Mérignac et Pessac qui regroupent bientôt plus de 300 hectares, – 45 % de la surface lotie dans la banlieue bordelaise, – sur la partie moyenne des quatre petites vallées de la Devèze, des Ontines, du Peugue et du Serpent. Elles avaient partiellement résisté au déferlement urbain pour deux raisons.

Les terres basses des fonds de vallées, humides et sujettes aux inondations étaient peu prisées des constructeurs ; au contraire, sur les parties hautes des graves, les châteaux conservaient en exploitation des vignobles renommés qui avaient survécu à la crise du phylloxéra. Partiellement dédommagés par les primes d’arrachage des vignes, les propriétaires de châteaux n’hésitaient plus à vendre des surfaces importantes.

Le Château Haut-Brion a morcelé à lui seul près de 32 hectares, soit en vignes pour les Échoppes, soit en garenne pour le Grand Parc.
Ces espaces libérés sont très vite occupés par des acheteurs modestes qui font construire ou construisent eux-mêmes leur petit pavillon.

Avec de telles pratiques, la densité de la population tombe largement au-dessous de 100 habitants à l’hectare parfois à 40 habitants/hectare. Le problème économique des banlieues est directement posé. Une telle densité de population ne peut donner de finances saines à la municipalité, ni justifier des équipements sociaux et administratifs satisfaisants.

La plus forte poussée de ce type d’habitat s’est produite sur l’axe de circulation sud-ouest: route et voie ferrée d’Arcachon dans les quartiers d’Arlac, de Verthamon et des Échoppes.
En général c’est encore l’habitat pavillonnaire modeste qui s’installe sur ces terrains à bas prix, mais dans deux cas précis on peut voir comment le lotisseur, avec l’appui ou la complicité des pouvoirs publics, pouvait créer le meilleur ou le pire

Dans le cas du Grand Parc du Haut-Brion, création d’un lotissement de haut niveau. Le cahier des charges fixe des règles strictes de construction des immeubles et des clôtures et le quartier dit des musiciens va rapidement se peupler de riches villas et 5000 m² de terrain seront cédés par le lotisseur pour la construction de l’école Jean Cordier réalisée en 1928.

A proximité immédiate, dans la vallée du Peugue, d’autres préparent l’antithèse du cas précédent. C’est la naissance du « faciès de Verthamon » où la mauvaise qualité des terrains jointe au manque de moyens des acquéreurs et à la volonté délibérée des lotisseurs, va créer un habitat déplorable.

Avant la loi Loucheur de 1924, des particuliers peu scrupuleux ont déjà vendu, en position inondable, des parcelles à des prix très bas. Mais la nouvelle loi va permettre de couvrir des opérations de grande envergure qui n’en auront pas pour autant meilleur caractère.

Des terrains occupés par des jardins sur 17 hectares, le long du Peugue, sont lotis par la société Bernheim, mais elle interpose en elle et les acquéreurs cinq sociétés aux noms alléchants : la Villa du Prévoyant, l’Union Ouvrière, la Fraternelle de Verthamon, l’Avenir de Verthamon, la Solidarité.. Le cahier des charges est élémentaire (les travaux d’aménagement sont réduits au minimum compatible avec une bonne viabilité) et ne comporte pas d’instructions relatives à la qualité de la construction (maisons en brique légère aux fondations incertaines).

Le Peugue déborde plusieurs fois entre 1927 et 1930 [1]. « La plupart des lots sont complètement inondés, des habitants ne peuvent même pas rentrer chez eux. Les lots sont en contrebas des routes, des puits contaminés, pas d’électricité, pas de gaz, pas d’eau potable, des routes très mauvaises, des ornières partout, des ponts sur le Peugue, en bois, menaçant d’être emportés… » [2]
Ce bel exemple de ségrégation sociale volontaire a longtemps pesé sur « l’âme » de ce quartier…

[1] En 1927 une maison est complètement démolie par les eaux du Peugue – la Tribune Pessacaise du 12 mars 1927.

[2] Le Travailleur du 14 février 1929

Les mal-lotis de Verthamon

Dès 1923, la société Bernheim a acquis les terrains mis en vente le long du Peugue, environ 17 hectares q’elle va lotir en interposant, entre elle et les futurs acquéreurs, cinq sociétés aux nom alléchants : la Villa des Prévoyants, l’union Ouvrière, la Fraternelle de Verthamon, l’Avenir de Verthamon, la Solidarité.

Si on consulte les statuts de ces sociétés, nous nous apercevons « qu’il est formé entre les soussignés adhérents aux statuts une société mutuelle d’épargne ayant pour but :

La constitution d’un capital destiné à la location, à l’acquisition et au paiement d’un ensemble de terrains contigus et propres à bâtir sur les communes de Pessac et Mérignac ainsi qu’au paiement des frais nécessités par le lotissement de ce terrain et son aménagement au point de vue : entourage, routes, égouts, canalisations eau, gaz.. (article 1er).

La durée est subordonnée au temps accordé pour le paiement des terrains à acquérir et des aménagements prévus à l’article 1er sans pouvoir excéder 10 ans à partir du premier versement qui aura lieu le 15 mars 1923 (article 3).

Après la signature du bail avec promesse de vente, des lots seront délimités par un géomètre et le Conseil fera procéder au tirage au sort des lots en assemblée générale extraordinaire. Les sociétaires devront être à jour de leur cotisation avant le tirage au sort des lots (article 3).

Chaque sociétaire est tenu d’accepter le ou les lots que lui a désignés le sort, tel qu’il sera ou seront, sans pouvoir prétendre à aucune réclamation (article 11).

Tous les sociétaires versent 10 francs par part en adhérant comme droit d’entrée. Ils continuent un versement par avance de 12 francs par semaine et par part jusqu’à la réalisation de la vente partielle ou totale des terrains. Les versements cesseront lorsque la société aura fait face à tous les engagements pris par elle et ne pourront être continués pendant plus de dix ans à dater du premier versement effectué (article 14). La perception des cotisations sera faite au siège social tous les dimanches de 10 h à 11 h 30 (article 15). »

Ces sociétés regroupées en association syndicale unique ont pour but de favoriser la construction de maisons par des ventes à crédit permettant aux ouvriers économes et laborieux de se constituer un logement. L’entraide est générale, chacun construit sa maison en récupérant des matériaux : le sable en creusant le puits… Les propriétaires s’aperçoivent que le système de crédit dans lequel ils sont pris rend tout recours impossible (loi Loucheur).

La polémique fait rage, la presse locale les surnomme « les mal-lotis de Verthamon » (cf. la Tribune Pessacaise du 8 février 1927-1930).

Pas de chance pour ceux qui tirent un lot près du Peugue. Ce dernier déborde à plusieurs reprises. Voici en témoignage l’article de la Tribune Pessacaise du 8 février 1930.

Le Peugue déborde à Verthamon
La pluie torrentielle qui n’a cessé de tomber pendant plusieurs jours avec pour conséquence : une terre saturée qui refuse l’eau. Le cours du ruisseau grossi est insuffisant à assurer le débit et c’est l’inévitable inondation.
Dans pareille circonstance, en ce qui concerne notre commune, l’attention, la crainte plutôt se porte immédiatement sur le quartier le plus déshérité de Pessac : Verthamon.
Suite à un niveau très bas composé d’un sol marécageux à proximité d’un ruisseau au débit insuffisant, dès que les eaux sont abondantes, les terrains des lotissements de Verthamon sont les premiers à subir les méfaits du mauvais temps. Nous venons une nouvelle fois d’en être témoin.
Au cours de la journée de mercredi, le ruisseau quittant son lit a transformé les terrains qui le bordent en un vaste marécage. Dans certains endroits l’eau a atteint 70 cm. Plusieurs familles avec enfants en bas âge ont dû quitter leur logis.
Dès qu’il a eu connaissance de ces faits, M. Marcade se porta sur les lieux et contribua à donner un lieu plus sûr aux sinistrés, faisant installer un dortoir provisoire dans l’école maternelle de Verthamon.
Par contre la municipalité de Mérignac * brille par son absence. Nous croyons savoir que Monsieur le Maire de Mérignac n’est pas en bons termes avec ses administrés verthamonais au sujet de certaines manoeuvres politiques auxquelles il ne serait pas étranger et qui tendent à saboter l’association des lotissement verthamonais.
* En effet, il faut garder en mémoire l’annexion d’une partie de Verthamon par la commune de Pessac. Elle a été demandée en décembre 1921 par une pétition du Syndicat de défense des intérêts du quartier de Verthamon-Pessac, parce qu’une dizaine de propriétaires « étaient privés de voies de communication avec le centre de Mérignac ». Autorisée par le Préfet, la commune de Mérignac céda le 29 avril 1922 à la commune de Pessac un terrain situé à Verthamon.
(Source Origine et Essor des quartiers de Mérignac, P. & G. Gilliard)

Les mal-lotis de Verthamon (suite)

Les débordements du ruisseau Le Peugue sont fréquents depuis 1925, surtout lors des pluies de longue durée d’hiver. Dans un article « sérieuses inondations à Azam et Verthamon », le journaliste de la Tribune Pessacaise du 12 mars 1927 rapporte que les dégâts furent encore plus grands à Verthamon :

« Étant donné la basse altitude des terrains qui bordent le Peugue, les eaux ont envahi une superficie considérable des lotissements de la maison Bernheim, faisant plus de cent sinistrés parmi une population laborieuse qui n’a pas vu sans émotion les dégâts causés à son modeste bien, fruit de son travail et de ses économies. Dans certaines maisons, surtout du côté de Mérignac, il y a eu jusqu’à 40 centimètres d’eau ».

Mais le plus intéressant est que quelques lignes plus loin, il pose la question des responsabilités :

« À la partie qui touche le chemin de fer de ceinture les vendeurs ont fait exécuter un redressement du ruisseau le Peugue, sous quelles responsabilités ? on l’ignore en tout cas dans des conditions qui laissent à désirer. Résultat • c’est le point de départ de l’inondation de ces journées. Second résultat : les habitants qui ont construit dans la partie située entre le nouveau et l’ancien cours du Peugue ignorent s’ils font partie de la commune de Mérignac ou de Pessac, pour toucher leurs secours soit comme sinistrés, soit comme chômeurs. Jolie perspective (montant des secours 20 francs (10€) par famille sinistrée).
Troisième résultat : les travaux ont été faits dans des conditions techniques si peu recommandâmes qu’ils n’ont pu résister à la forte crue du ruisseau et que les parties de béton qui sont tombées dans le lit sont venus encore l’obstruer, alors qu’il est déjà insuffisant pour le passage des eaux.
À Azam comme à Verthamon, il y a eu des fautes commises. On en connaît les auteurs… on murmure leurs noms, tout bas, mais on n’ose y toucher…
Eh bien cette situation a assez duré… M. le Maire est de notre avis d’ailleurs…qu’il n’hésite plus. Qu’il mette, comme on dit vulgairement, les pieds dans le plat. Il sera approuvé non seulement par les Mal Lotis, mais aussi par l’ensemble de ses administrés. »

Malheureusement cet appel ne fut point entendu et pourtant malgré des faits clairement établis. Résumons les éléments à charge et à décharge en notre possession. Nous savons que (voir plus haut) :

  • Une partie de Verthamon a été annexée par Pessac suite, en décembre 1921, à une pétition du Syndicat de Défense des Intérêts du quartier de Verthamon. Autorisée par le Préfet, la commune de Mérignac céda le 29 avril 1922 à la commune de Pessac un terrain situé à Verthamon.
  • Les premiers versements pour l’achat des terrains ont eu lieu dès mars 1923 pour les particuliers demandeurs. La consultation aux archives municipales de Pessac :
    • Du plan cadastral de 1848 confirme que le ruisseau le Peugue présente au niveau de ce qui sera plus tard l’avenue de la Fraternelle et le début de la rue Nungesser un méandre pratiquement fermé avec une coupure sèche (partie du lit secondaire du Peugue uniquement utilisé en cas de crue).
    • Du plan d’ensemble des cinq lotissements de la « maison » Bemheim montre clairement que le ruisseau a été redressé et que la limite des communes de Pessac et Mérignac a été repoussée vers le nord à l’endroit où elle se trouve actuellement avenue de la Fraternelle. Le terrain ainsi récupéré, environ 3 500m² ayant été annexé par la commune de Pessac avec l’autorisation de la Préfecture.

La loi imposant que la réalisation de ces lotissements devait être autorisée par arrêté préfectoral, nous avons consulté celui du 21 décembre 1927 approuvant quatre de ces derniers (l’Avenir de Verthamon, la Villa du Prévoyant, la Fraternelle de Verthamon, la Solidarité) qui précise :

« Vu en date du 3 août 1927 l’avis de la commission sanitaire de l’arrondissement de Bordeaux,
Vu en date du 19 novembre 1927 l’avis du Conseil Municipal de Pessac,
Vu le procès-verbal de l’enquête de commodo et incommodo, à laquelle il a été procédé sur ce projet : le 20 novembre 1927.
Vu l’avis en date du ………………… de M. le Maire de Pessac, arrêté… »

Or l’arrêté préfectoral autorisant la réalisation du lotissement dénommé Grand Parc (devenu le quartier des Musiciens) indiquant « vu l’avis favorable de M. le Maire de Pessac » (approuvé à l’unanimité parle Conseil Municipal) nous avons consulté le registre des délibérations de l’époque. Celle du 19 novembre 1927 nous apprend qu’à l’unanimité des voix moins une abstention le Conseil Municipal décide de ne pas se prononcer avant de connaître l’avis exprimé par la commission d’enquête commodo et incommodo. Nous n’avons pas trouvé trace de cet avis. Mais nous avons pris connaissance d’un courrier d’un administré à M. le Maire de Pessac s’étonnant que l’on autorise des constructions d’habitation en bordure du Peugue sur des terrains marécageux depuis toujours, puis d’un courrier « des lotis » à M. le Maire de Pessac qui, suite aux nombreuses inondations qui les frappent depuis de nombreuses années, lui demandent les mesures qu’il compte prendre. La réponse est que « le Peugue actuel n’est plus capable d’écouler un tel débit »

La lecture de ces documents nous confirme qu’à part les malheureux « lotis » tout le monde savait, les maires concernés* en premier et la préfecture qui a laissé faire pour ne pas, selon la formule consacrée, troubler l’ordre public.

En fait, pour des raisons économiques, la puissance publique a autorisé la construction de maisons d’habitation dans le lit majeur du Peugue, ce qui était une grave erreur.

À preuve la réalisation en 1868, du programme général d’assainissement des bassins versants du Peugue, de la Devèze et du Caudéran montre que toutes les dispositions avaient été prises pour qu’il n’y ait pas de construction dans le lit majeur du Caudéran, non canalisé en amont des boulevards. Un intervalle de 30 mètres, zone non aedificandi, était prévu pour permettre l’écoulement des crues.

Les services techniques de l’époque n’ignoraient pas non plus qu’autoriser la réalisation de lotissements sur une surface aussi importante allait entraîner la multiplication par trois du débit du Peugue.

En conclusion, nous citerons un extrait d’un autre article de la Tribune Pessacaise du 11 août 1928 qui résume l’entrevue du bureau de l’Union ouvrière au sujet du lotissement, avec M. le Maire de Mérignac.

« A Verthamon une entrevue avec le maire de Mérignac – Non ! pour le moment, nous répondit M. Saufrignon, la loi Sarraut est votée mais elle n’est pas encore applicable. Le mieux pour vous serait de choisir un bon avocat et de poursuivre la Maison Bemheim pour vous avoir vendu du terrain impropre à bâtir et au moment du procès vous pourrez compter sur mon total appui .
C’est tout ce que nous avons pu obtenir du maire de Mérignac qui aiguilla la conversation sur des sujets qui n’avaient rien à voir avec la question.
Conclusion : il nous est apparu que M. Saufrignon n’est pas guère plus disposé à apporter une solution immédiate aux lotissements de Verthamon que ne l’est le maire de Pessac ».

Cette incurie des municipalités successives perdurera pendant près de cinquante ans. Il fallu attendre les années 1970 pour commencer à entrevoir une solution.
*Les lotissements l’Union ouvrière et la Fraternelle de Verthamon sont situés sur les communes de Pessac et Mérignac.
L’arrêté préfectoral du 31 juillet 1929 autorisant la réalisation du lotissement de l’Union Ouvrière comprend l’avis des Maires de Pessac et Mérignac des 2 mars et 13 avril 1929.

Les grands projets des années 1930-1940

Alors qu’à la fin des années 1920, « les mal lotis de Verthamon », prenant leur destin en mains essayent de convaincre leurs élus de les aider, les polémiques font rage : intérêts des petits propriétaires, les intérêts sacrés de la société Bernheim (le Travailleur 16 février 1929).

Quittons notre quartier pour regarder comment évolue le développement de l’agglomération bordelaise à cette époque.

À quelques jours près, une crue de la Garonne atteignit à Langon la cote de 12,20 m, soit 30 cm de plus que pour celle historique de 1875 ! Le flot alimenté par de fortes pluviosités, du 1er au 3 mars 1930, sur le Massif Central méridional (Aveyron et Tarn) mit trois à quatre jours pour atteindre le cours inférieur de la Garonne.

À l’amont, sur les bassins du Lot et surtout du Tarn, les dégâts furent considérables : deux cents personnes noyées, trois cents maisons détruites, onze grands ponts emportés.

Cette crue exceptionnelle, qualifiée d’extraordinaire, de géante par certains, donne-t-elle à réfléchir aux spécialistes ?

Dans un rapport du 1er juillet 1930, annexé à une délibération du Conseil Municipal de Bordeaux du 1er août 1930, l’ingénieur en chef de la ville de Bordeaux, responsable des travaux publics, écrit :

« Nous croyons devoir terminer ce rapport en attirant l’attention de l’Administration Municipale sur l’insuffisance générale des égouts de Bordeaux. Cette situation ancienne, puisque de nombreux projets existent dans les services, va chaque jour en s’aggravant du fait de nouvelles constructions.

À ce sujet, nous devons faire remarquer que si la Ville de Bordeaux est considérée fond inférieur par rapport aux communes qui l’entourent, du fait des nouvelles constructions, la servitude est considérablement aggravée. Alors que par le passé les eaux pluviales étaient absorbées par des terrains perméables constituant la majeure partie des terrains des communes suburbaines, actuellement ces eaux sont recueillies par les toitures des constructions nouvelles, le sol imperméable des voies récemment construites et par suite arrivent en grande quantité et très rapidement dans les égouts de Bordeaux qui ne sont plus suffisants pour les évacuer au fleuve.

Dans ces conditions il nous paraît équitable que dans les  travaux d’amélioration du régime des égouts pluviaux de Bordeaux, les communes suburbaines devraient participer en raison de l’aggravation de leur servitude ».

En 1868, déjà, les ruisseaux le Peugue, la Devèze et le Caudéran avaient été partiellement canalisés sur le territoire de la ville de Bordeaux. Ils avaient été réunis dans un collecteur unique, haut de 3 m et large de 4,50 m, appelé tronc commun, sous le cours Alsace et Lorraine (ancienne rue du Peugue) percée à cette occasion. Cette réalisation permettrait d’évacuer sans problème une crue centennale.

Cet exutoire unique devenant insuffisant pour évacuer les débits d’eaux pluviales toujours plus importants, un projet de 1934 prévoyait de basculer le ruisseau de Caudéran dans celui de Naujac et donc d’évacuer correctement les débits supplémentaires (cf. Histoire de Caudéran de René Rougerie).

À la fin de la guerre de 14-18 un cinquième de la France est à reconstruire ; une loi est votée en 1924 pour l’étude et l’aménagement des villes de plus de 100 000 habitants. En 1932 cette loi s’applique à la région parisienne et en 1935 le décret est étendu à tout le pays après seize ans de discussions.

Un comité régional d’urbanisme des communes de Bordeaux est crée et approuvé à l’unanimité en mai 1940. Un projet est établi. Dans le chapitre route, on lit « Déviation par la vallée de Peugue de la route n° 650 » entre Gazinet PK 14,2 et Bordeaux.

À partir du Parc des Sports, la route entièrement nouvelle remonte la vallée de Peugue aux environs immédiats de son lit, rapide, évitant les agglomérations et Pessac, elle se raccorde à l’ancienne route après l’Alouette. Sous la nouvelle chaussée est construit un grand égout collecteur des eaux et tout le bassin versant du Peugue. Un immense territoire est ainsi assaini, les lotissements de Verthamon sont mis à l’abri des inondations.

Cette route directe est déjà entièrement étudiée par les Ponts et chaussés, pour l’exécution : plan, devis et travaux d’expropriation, tout est prêt.

Ces deux projets n’ont bien entendu jamais vu le jour.

En décembre 1952, suite à de fortes pluies locales, le Peugue et la Devèze inondent les bas quartiers, dont Verthamon, nous y reviendrons par la suite.

Mais intéressons nous au devenir du projet de déviation par la vallée du Peugue de la RN 650 » (dénommée aussi route d’Arcachon) toujours d’actualité en décembre 1952 et qui le restera jusqu’au début des années 1970.

En effet la ville est toujours un phénomène récent pour l’époque : de 1800 à 1900 on passe en Europe, Russie exclue, de 21 millions d’urbains à 118 million, la ville change de nature et l’aménagement urbain s’est toujours effectué avec retard. Une exception, Paris, où le changement de la ville a été accéléré par les autorités publiques du Second Empire, Haussmann en particulier et Napoléon III.

L’AMÉNAGEMENT de l’AVENUE JEAN CORDIER

Consciente de l’importance des sommes à engager (expropriations entre autres) et n’ayant pas pu dégager les emprises nécessaires, la puissance publique décide d’aménager l’avenue Jean Cordier, dont le gabarit étroit ne correspondait plus aux besoins, même pour la desserte des habitants : les conditions de circulation ne répondaient plus aux normes les plus élémentaires de sécurité.

Quand on sait que cette avenue est l’un des deux axes routiers de pénétration dans Pessac en venant de Bordeaux, la chaussée étant rétrécie sous le pont de chemin de fer et que des écoles maternelles et primaires se trouvent à 100 mètres sur ce même axe, on imagine les dangers.

Exit la déviation par la vallée du Peugue. Nous sommes en novembre 1977 et le Conseil de C.U.B. vote une D.U.P. (Déclaration d’Utilité Publique) pour un élargissement à 13,50 m de l’Avenue Jean Cordier, suite à un plan d’alignement adopté en venant de Bordeaux, de reculer celle de droite pour permettre la réalisation d’un trottoir pour les piétons ;

Côté SNCF, l’ouvrage datant de 1918, un tablier métallique provisoire avait été posé en 1985, il était grand temps de le mettre en conformité avec les nouvelles normes en le renforçant. Cette voie de chemin de fer de ceinture qui relie Bordeaux Saint-Jean à Ravezie, dessert la zone de fret de Bruges et le Port du Verdon. Le nouvel ouvrage répond donc aux nouvelles nécessités du trafic ferroviaire (rails soudés pour plus de confort des voyageurs, entretien plus facile des voies…) et supprime un point noir de la sécurité routière.

Pour autant l’aménagement de cette voie est loin d’être terminée puisqu’il est encore d’actualité aujourd’hui.